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N.S.O. : Quand Francis LOPEZ fit appel à
vous en 1972 pour remplacer Luis MARIANO au Théâtre du Châtelet,
vous veniez de triompher dans " La Bohême " sur les plus
grandes scènes d'Europe. Quelle était alors votre vision de
l'opérette ?
J.T. : Je ne connaissais pas l'opérette. On me la présentait comme la sur espiègle de l'opéra. Si j'avais beaucoup de respect pour toutes les formes d'art, mon choix était fait depuis très longtemps. Toutes mes études avaient été orientées pour ne servir que l'opéra, et je ne voulais pas entendre parler d'autres disciplines. Mes compositeurs préférés étaient PUCCINI, VERDI, GOUNOD, DONIZETTI, BELLINI, Mes chanteurs préférés étaient CARUSO, DEL MONACO, CORELLI, DI STEFANO, BIJORLING, KRAUS, SCHOK, GEDDA, J'avais déjà à mon répertoire 37 opéras, dont ROMEO, La TOSCA, La TRAVIATA, MONON, RIGOLETTO. A la mort de MARIANO, Francis LOPEZ a écrit une opérette spécialement pour moi, " GIPSY ", et j'ai accepté de faire l'expérience au Théâtre du Châtelet. Le succès fut tel que nous y sommes restés trois saisons sans interruption, au lieu des 30 représentations initialement prévues. A cela, se sont ajoutées trois autres années de tournées dans toute l'Europe et au Canada. Francis LOPEZ m'a ensuite proposé une seconde création, " VOLGA ". Mais après un an de plein succès, j'ai accepté la proposition de la direction de l'Opéra de Paris et j'ai signé un contrat pour ne plus chanter que le répertoire d'opéra. L'opérette a été pour moi une très belle expérience. J'ai compris qu'il existait un public spécifique pour cet art, à condition toutefois que le spectacle soit de qualité. J'ai également pu constater que cette lubie du métier à vouloir comparer l'opéra et l'opérette n'était pas du tout justifiée. Les seuls points communs résident en le fait que tous deux exposent un drame, une histoire soutenus par la musique et par des voix lyriques. Et il est indéniable que ni l'un ni l'autre ne supportent " l'à peu près ". L'opérette est née au XVIIIème siècle. A l'origine, sa signification était " petit opéra ". Déjà, MOZART, DONIZETTI suivis plus tard de PUCCINI et d'autres ont écrit des opérettes. Cette appellation élégante et modeste est peut-être de nature à minimiser sa grandeur, mais elle a toujours été synonyme de faste et de lumière , de gaieté et de rêve. Les uvres de LEHAR, de STRAUSS ou de LOPEZ en sont autant de témoignages. N.S.O. : Vous êtes la vedette des plus grands festivals lyriques et vous oeuvrez pour le retour des grandes productions d'opérettes de qualité. Indépendamment de la qualité artistique, vous y voyez aussi un intérêt que je qualifierai d'ordre économique ? J.T. : Absolument. Il faut savoir que l'opérette englobe 200 disciplines qui permettent à tous les corps artistiques d'exprimer leur talent : les grandes voix, bien-sûr, mais aussi tous ceux qui travaillent dans l'ombre : les costumiers, les décorateurs, les menuisiers, les techniciens de la lumière, etc C'est à mon sens une façon certaine d'agir en faveur de l'emploi. Cela permettrait à des milliers de personnes de gagner leur vie et d'être heureux, grâce à cette forme d'art. N.S.O. : Plusieurs critiques musicaux voient actuellement en la Comédie Musicale une version actualisée de l'opérette. Quelle vision avez-vous de ce genre qui connaît en ce moment un certain succès ? J.T. : La comédie musicale est un genre de spectacle différent de celui de l'opérette ; elle relève davantage de la variété. C'est une création d'outre Atlantique qui nous a séduits, comme bien d'autres produits issus du Nouveau Monde. L'opérette, donnée dans les conditions de qualité qui lui confèrent ses lettres de noblesse, reste néanmoins profondément ancrée dans le cur des Européens. Actuellement, elle souffre du vent de la mode mais cet état de choses ne peut être que passager. Il suffirait d'une politique culturelle plus favorable, plus encourageante, pour que l'opérette renaisse dans toute sa splendeur, comme ce fut d'ailleurs le cas, il y a quelques années, pour l'opéra en France.
Pour écrire à José TODARO : todarte@wanadoo.fr
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